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Edito : « La musique et son écriture »

Quand Mômeludies a reçu les premières partitions à destination des enfants, il était clair que l’on abordait un type d’écriture dont les classes primaires n’avaient pas trop l’habitude. Certes quelques publications avaient défriché le terrain, notamment les feuillets de la collection Plein Jeu édités par Heugel. Universal Editions avait également fait des propositions innovantes. Mais ces publications demeuraient peu connues de l’ensemble des musiciens pédagogues.

« Qui dit Bulle », de Claire Renard, « La Montagne qui accouche » d’Alain Savouret, « Lise et Zoé » d’Alain Gibert, apportaient des graphismes et des mises en page qui ne ressemblaient en rien à la portée de 5 lignes égayée de croches et de noires pointées. Pas de dièses ni de bémols, pas de barres de mesure, pas même de soupirs, mais des mots, des onomatopées, des lignes s’entrecroisant, des courbes s’épaississant au fur et à mesure de leur trajectoire : on ne pouvait faire autrement que d’entendre ce qu’on était en train de déchiffrer du regard.

Il y avait aussi une pièce de Jacques Lejeune, « Clair d’oiseaux », avec bande électroacoustique servant de conducteur à la production vocale de trois chœurs. Elle aussi était « écrite », avec un graphisme qui permettait au chef de chœur de se repérer, mais en aucun cas de recomposer la pièce avec un magnétophone ou un ordinateur, fût-il performant.

Un nouveau « solfège » s’imposait. Plus exactement un nouveau rapport s’imposait entre l’œil et l’oreille, entre la vue et l’ouïe, entre le graphisme et le son. L’ordre lui-même allait s’inverser : on ne regarderait pas seulement une partition pour l’exécuter ensuite, on allait également composer une musique, par exemple avec son ordinateur ou son smartphone, et chercher ensuite un graphisme approprié pour en garder une trace, sinon pour refaire la même chose, du moins pour servir de support à une nouvelle exécution. L’objectif de l’écrit devenait alors se souvenir de « ce à quoi ressemble le son », et de pouvoir éventuellement le refaire ou le transmettre à d’autres en laissant toute la place à l’improvisation et à la recréation/interprétation.

Derrière cette mutation, de nombreuses questions se posaient, intéressant particulièrement le pédagogue :

Est-ce que l’on entend surtout ce que l’on voit ?
Est-ce que l’on voit (mieux) ce que l’on entend (bien) ? et  vice-versa.

Mais c’est aussi, pour Mômeludies, l’organisation d’un répertoire fait essentiellement jusque là de partitions écrites et qui a été depuis des siècles le schéma majoritaire des apprentissages musicaux, en correspondance avec une autre tradition qui est celle de l’oralité revenue en force depuis quelques décennies et jamais abandonnée dans ce qu’il est convenu d’appeler « les musiques du monde ».

Mômeludies, dans cette rubrique, ouvre un nouveau chapitre d’échanges avec des textes forts qui invitent à réfléchir non seulement sur la place des différents procédés d’écriture (remontant en Europe aux premiers neumes et aux propositions de Gui d’Arezzo), mais à cette mutation due aux nouveaux processus de composition qui n’ont rien à voir avec l’exécution habituelle d’une partition. Nous souhaitons que « La Musique et son Écriture » ouvre ainsi une possibilité d’expression à tous ceux qui sont intéressés par le sujet. Merci à tous ceux, professeurs de formation musicale ou compositeurs, pédagogues ou improvisateurs, qui contribueront à enrichir la réflexion en ajoutant leur geste de plume ou de clavier électronique.

Gérard Authelain

 

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