Création de Drôle de Fanfare de Max Vandervorst, par Cécile Noullez

Introduction

Comme c’est le cas pour beaucoup de musiciens intervenant en milieu scolaire, le travail de Max Vandervorst autour des constructions instrumentales écologiques, économiques et poétiques m’attirait beaucoup. J’ai pu découvrir et mettre en pratique certaines de ses techniques lors de la formation « Musique de papier et carton » que j’ai suivi au CFMI de Lyon en janvier 2015. Cette rencontre m’a également incitée à appliquer la démarche de Max dans des classes élémentaires que je rencontrais quotidiennement dans mon métier.

Explorer les sons, les matières, les gestes musicaux, goûter les douces et étonnantes sonorités de corps sonores et instruments de fabrication artisanale est toujours un plaisir pour nos oreilles averties et je voulais le partager avec des oreilles moins expérimentées.
Max m’ayant accordé l’exclusivité de la création publique de son oeuvre, j’ai proposé à des enseignants de l’école Libération de Grenoble de me suivre dans l’aventure. Ceux-ci ont accueilli l’opportunité avec beaucoup d’enthousiasme et deux classes de l’école, CP/CE1 de Maëlle Chabert et CE2/CM1 de Doriane Abramo ont pu profiter de cette aventure hors du commun avec l’artiste belge.

Cheminement vers l’interprétation de l’oeuvre

Les enseignantes avec qui j’ai travaillé se sont montrées très motivées, toutes deux sur scène lors de la représentation, l’une participant même à un stage de lutherie avec Max pour mieux vivre l’aventure. Elles ont effectué un travail remarquable en classe et en séance de musique pour la réussite du projet : suivi d’apprentissage, constructions instrumentales, écoutes, communication et lien avec les familles, etc. . D’ailleurs, les parents d’élèves que nous avons mis à contribution ont répondu présent et se sont réellement impliqués, de la récupération de matières premières jusqu’à l’accompagnement de leurs enfants au spectacle de fin d’année, hors du quartier : ce qui n’était pas simple compte tenu des habitudes des familles de l’école …

Nous avons commencé par découvrir l’univers de Max par des écoutes, des visionnages, des démonstrations et une rencontre avec lui.
Les enseignantes et moi-même avons accompagné les élèves dans la lutherie instrumentale de certains instruments de musique présents dans l’oeuvre et, afin que chacun puisse construire son instrument, nous avons élargi un peu les possibles constructions et inventions des enfants.
Parallèlement à cela et à mesure que les instruments de musique naissaient, nous avons tenté de développer l’écoute des élèves et travaillé le geste instrumental et la musicalité. Un travail rythmique s’imposait également pour composer la polyrythmie de la partie instrumentale du morceau. De plus, l’interprétation telle que la souhaitait Max, demandait un certain entrainement de la part des enfants. Nous avons alors travaillé en décloisonnement : les 2 classes se sont vues divisées en 3 groupes : Le premier travaillait la polyrythmie (carrure, création, mise en place, mémorisation) et l’improvisation avec la musicienne intervenante tandis que les enseignantes abordaient l’articulation, l’interprétation théâtrale ou la mémoire auprès des enfants pour affiner le parlé-chanté.
La chanson évoque de nombreux styles musicaux parfois inconnus pour les petites oreilles. Il nous a fallu un certain temps pour que les enfants puissent se familiariser à ces musiques variées et, dans le meilleur des cas, pour que les plus grands élèves sachent les replacer historiquement ou géographiquement.

Au cours de l’année, nous avons rencontré le compositeur, Max Vandervorst. Quelle richesse pour ces élèves de rencontrer un « vrai compositeur » et plonger dans son univers musical ! Les enfants, dans un premier temps ébahis de voir ce que Max pouvait jouer avec un simple guidon de bicyclette ou un arrosoir, l’ont ensuite vu comme leur complice pour aller vers une musique qui n’était
finalement pas du tout sauvage comme le terme « lutherie sauvage » peut le sous-entendre : la réussite de cette chanson dépendait grandement de la rigueur dans leur travail, la précision avec laquelle ils allaient jouer et de l’extrême concentration pour ne pas se perdre dans la partition, tout cela en essayant d’interpréter cette Drôle de Fanfare de manière détendue et légère comme leurs
enseignantes le leur demandaient.
Quelque soit le temps dont vous disposez pour monter l’oeuvre avec les élèves, et avec l’aide des enseignants partenaires, il sera important de prévoir différents temps de travail pour les points suivants :

– la découverte de l’univers musical de Max Vandervorst
– l’apprentissage et l’interprétation de la Drôle de Fanfare
– l’écoute des styles musicaux et instruments de musique évoqués dans la partition
– la lutherie sauvage
– l’exploration sonore et l’improvisation
– le travail rythmique et l’improvisation
– la mise en place musicale et, éventuellement, la mise en scène pour une restitution publique

Difficultés rencontrées et adaptation

Nous avons rencontré quelques difficultés dont nous pourrions nous passer : Les plus jeunes enfants (CP et CE1) ont eu des difficultés à apprendre les paroles de la chanson. Nous avons eu recours à de nombreuses ruses pour y parvenir (panneaux d’affichages, rappel des paroles chaque jour en classe, dessins par les enfants des différents protagonistes de la chanson, etc.) et il est évident que les plus
grands élèves ont été d’une aide précieuse pour les petits. Il me semblerait peut-être judicieux de cibler plutôt des élèves de CE2-CM.
Le compositeur souhaitait que la chanson soit interprétée en parlé-chanté, tel un conteur pourrait chanter un récit ou comme un chanteur pourrait raconter une chanson. J’ai commencé l’apprentissage en mode chorale, à pleine voix. Or, il nous a ensuite été difficile de changer le mode d’interprétation. L’apprentissage du texte sous forme poétique, joué de manière théâtrale ou raconté
comme comme un récit, en classe, serait sans doute judicieux, de même qu’il permettrait d’aborder le vocabulaire musical et d’en extraire avec les enfants les besoin en terme d’écoute, de construction et de trouver des moyens mnémotechniques pour l’apprentissage des paroles.

Ouvertures

Max n’a pas souhaité imposer les parties instrumentales des enfants. L’improvisation et l’expression musicale individuelle des enfants s’en trouvent grandies dans les parties solistes. L’instrumental entre les deux couplets ou à la fin de la chanson pourrait donc, sans doute, prendre différentes formes : Polyrythmie complexe, succession simple des sons formulés par les instruments des enfants voire même, à condition de rester fidèle à l’esprit musette de la pièce, prendre une autre forme que vous inventerez.
Il est apparu que nous aurions pu impliquer les animateurs péri-scolaires ou des parents bricoleurs dans la fabrication instrumentale. Nous oublions parfois quels partenaires précieux ils peuvent être dans les actions scolaires et à quel point le lien que nous effectuons avec ces adultes éducateurs peut ajouter de la richesse et du sens à nos projets.

NB : L’oeuvre de Max est disponible à l’écoute gratuitement ici !

©Mômeludies_Éditions_2016

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