Récit d’expérience Beatbox, Here is the new sound, par Marion Henry

Here is the new sound !

Une œuvre d’Élie Carton de Grammont et Nicolas “Tiko” Giemza.

 

Par Marion HENRY-COSTEL, musicienne intervenante en Maurienne, Savoie.

Récit d’expérience/témoignage pouvant servir de base pédagogique.

Un article à télécharger au format PDF prochainement…

 

1. Préambule

Le projet «Here is the new sound / Human Beatbox», est né d’une boutade lancée à un professeur des écoles : lors d’une séance d’écoute sur la chanteuse Camille (nous étions sur un projet «Chanson française dans tous ses états» cette année-là), la partie de percussions vocales réalisée par Ezra, son musicien, semblait beaucoup plaire au professeur. Je lui ai donc proposé de travailler sur cette thématique l’année suivante. Ce projet m’enchantait personnellement, mais je doutais qu’il lui plaise vraiment. Cependant, il m’a répondu par un oui franc ! Mon seul regret : ce n’est finalement pas sa classe qui a travaillé la partition car il a eu des cycles 2, et la partition s’adresse à des cycles 3.

Cette petite graine ayant germé dans mon esprit et au sein de l’équipe enseignante, ce projet fut posé et validé pour deux classes de cycles 3 (CM1/CM2). L’école concernée ayant l’habitude de réaliser des Mômeludies avec moi, ils m’ont fait entièrement confiance pour «Here is the new sound» sans savoir dans quoi ils se lançaient (moi-même, je ne le savais pas complètement non plus !). Les professeurs concernés par le projet s’en sont largement emparés : mise en place d’ateliers autour du graffiti et travail de la danse Hip Hop, diffusion en classe du reportage sorti au cours de l’année sur France O « Beatbox boom bap autour du monde» (en parallèle de la sortie de l’application pour Smartphone/tablettes «Beatbox Maker»).

Ce projet a même essaimé au sein de l’école, entre élèves, classes et même en dehors , au sein des familles. Les cycles 3 qui travaillaient la partition ont transmis des notions de Human Beatbox à leurs frères et sœurs voire même parfois à leurs parents ! Cet engouement a également eu un impact à l’échelle cantonale, l’école de musique (professeurs et élèves) a pu bénéficier d’ateliers de pratique. Le retour global des différentes personnes concernées de près ou de loin par ce projet fut impressionnant et unanime ! Pour ma part c’est le moment le plus beau et fort de ma petite carrière, une magnifique aventure humaine que je ne peux que vous conseiller de réaliser !

N’ayez crainte, nul besoin d’être un grand beat boxeur pour vous lancer dans l’aventure : le livre écrit également par Élie Carton de Grammont et Nicolas Giemza, L’inspiration du snare, le Beatbox et sa transmission, qui suivit l’écriture de leur partition, est un beau récit d’expérience qui regorge de bonnes idées. D’ailleurs, n’hésitez pas à les solliciter en personne, ils apprécient de savoir que leur partition est utilisée !

Pour réaliser ce genre de projets je ne peux que vous conseiller d’être curieux en écoutant encore et encore des beatboxeurs en tous genres. Internet est une mine d’or à ce sujet (chaines Youtube de Swissbeatbox et Beatboxfrance particulièrement). Beaucoup d’écoutes en classe ont été menées et nous ont inspirés tout au long de l’année, au minimum deux par séance. Le Human Beatbox est un art en constante évolution, et la plupart des liens cités dans ce témoignage peuvent très vite être dépassés. J’ai moi-même été très surprise par la rapidité de l’évolution de cette pratique et par la progression de certains beatboxeurs suivis sur un an lors de nos écoutes hebdomadaires , ou lors de la préparation de mes séances.

Après avoir réalisé ce projet, je ne peux que vous encourager à aller voir un concert ou un Battle de Human Beatbox, c’est une pratique qui est transcendée sur scène !

2. Déroulement de mon année de travail autour de cette partition.

Voici un descriptif de la façon dont j’ai choisi d’aborder cette partition sur une année complète à raison de 45 minutes par classe et par semaine. Ceci n’est pas forcément «la meilleure méthode», mais une parmi beaucoup d’autres possibles pour la réaliser :

J’ai choisi de travailler les deux tiers de l’année classes séparées et de faire une mise en commun peu de temps avant le spectacle, et j’ai également travaillé chaque voix de la partition dans chaque classe et pas une voix par classe car il était primordial pour moi d’habituer les enfants au suivi d’une battue et à la polyrythmie créée par la superposition des deux/trois voix de la partition. Le découpage de mon année par périodes entre les vacances scolaires a été préparé en amont et m’a permis de réaliser la totalité de la partition pour un spectacle fin mai, tout en continuant de travailler avec ces classes jusqu’à fin juin.

– Période 1 : Dès la rentrée scolaire j’ai fait un gros travail de fond autour de la voix et du rythme pour revoir toutes les bases, écoute, justesse, ressenti, tempo, rythmes. J’ai basé mon travail vocal sur la pratique de jeux vocaux guidés par un geste, un objet (balles musicales), des écoutes autour de la polyphonie/polyrythmie et des circle-songs de Bobby Mc Ferrin. J’ai d’ailleurs dès le début de l’année utilisé quelques morceaux vocaux de la partition, quelques sons. On peut aussi s’amuser à décortiquer les différents rôles des voix dans un morceau tel que « Don’t worry, be happy ! » grâce au site internet :

En parallèle de ce travail vocal et d’écoute, nous avons révisé des notions de rythme par l’intermédiaire de la derbouka et des percussions corporelles. Le but étant par la suite de détourner les trois sons « Doum-s-Tak» de cet instrument en « P-T-K» syllabes de base d’initiation au Human Beatbox. Après avoir utilisé des formules rythmiques simples j’ai complexifié petit à petit la chose en piochant des rythmes de la partition, tout en mettant toujours au centre du travail la régularité de la pulsation.

– Période 2 : Une fois les bases rythmiques et vocales solidement revues, j’ai présenté puis abordé la pratique du Human Beatbox par de l’écoute (il était temps de se lancer dans le grand bain), et travaillé des sons vocaux petit à petit en partant de jeux de derbouka et de jeux corporels. Je me suis dans un premier temps consacrée quasi-exclusivement aux sons de percussions, en répétant jusqu’à obtention d’une qualité sonore optimale. Les sons plus vocaux de trompettes et scratch ont été abordés plus tard. Un temps de répétition sous forme de question /réponse a porté ses fruits et l’évolution de la qualité des sons émis par les enfants au fur et à mesure des séances fut assez impressionnante ! Les rythmes ont été petit à petit complexifiés pour en fin de période aboutir à la plupart des formules rythmiques de la partition. Nous avons aussi abordé le Slam par l’écoute (principalement Grand Corps Malade, «L’école de la vie»; «Midi 20» et Camille «Aujourd’hui») et par des dispositifs d’écriture. Cette pratique peut en effet s’insérer dans la partition de manière assez libre et être réutilisée en classe.

– Période 3 : Début du travail de la partition !
Pour la présenter aux enfants j’ai choisi de leur montrer l’extrait vidéo de la création de la pièce, disponible sur le site de Mômeludies et sur youtube :

Pour monter la partition j’ai pris le parti de ne jamais utiliser les phrases mémo (afin d’avoir une réelle mémoire des rythmes et d’éviter d’entendre les mots) et j’ai abordé la partition par parties… dans le désordre (lesson 1, 2, 4, 3, outro, intro 2 et intro 1) ! Je me suis concentrée sur les parties qui me semblaient en effet plus difficiles dans un premier temps et je suis revenue sur les parties plus simples avec des solistes par la suite.
Tous les enfants ont travaillé les différentes formules et sons, j’ai mis en place des rituels et des jeux autour des sons progressivement dirigés par les enfants. Ce travail s’est beaucoup fait sous forme de questions réponses et j’ai aussi laissé de la place sur des formules rythmiques de base pour que chacun puisse travailler l’improvisation.

Nous avons eu la visite d’Élie Carton de Grammont sur une journée, il nous a aidés à améliorer la qualité des sons et nous a donné un retour sur les parties en cours de travail.

En parallèle de ce travail, les enfants qui le souhaitaient ont écrit des textes de slam qui allaient être par la suite utilisés dans la partition. Je leur ai laissé libre choix des thèmes avec comme seule consigne qu’il y ait un lien avec le Hip Hop et/ou le Beatbox.

– Période 4 : Cette dernière période avant le spectacle a été consacrée au choix des solistes, à la répartition des voix et à l’agencement des différentes parties, d’abord séparément puis en mettant les deux classes progressivement en commun. Afin de faire le choix des répartitions des voix, tous les enfants sont passés dans chaque catégorie de sons en solistes, puis les répartitions ont été faites en fonction de leurs envies et de leurs qualités de sons émis. Les enfants n’ayant pas souhaité faire de solos ont pu travailler plus autour de leurs textes de slam, ou à la présentation de la partition. Durant tout ce travail d’agencement j’ai beaucoup insisté sur l’importance de la puissance vocale dans les sons et sur la qualité, puis sur l’égalité sonore entre les différents pupitres, et sur les nuances.

– Période 5 : Le jour du spectacle est très vite arrivé (fin mai) et les dernières séances avant de monter sur les planches ont été consacrées à répéter encore et peaufiner la partition. La différence CM1/CM2 s’est clairement fait sentir dans les toutes dernières séances. Mais comme j’avais pris soin de répartir autant de niveaux dans les différentes voix, globalement les plus grands ont soutenu les plus petits.

Nous avons pu bénéficier de presque une journée de travail pour la mise en son, le travail avec les micros ainsi que d’une dernière intervention d’Élie Carton de Grammont, qui a pris à part les différents solistes puis nous a donné quelques ultimes conseils. Le travail avec les micros et donc avec l’ingénieur du son a été l’occasion de démontrer aux enfants et aux maitresses l’importance de la régularité et de la puissance vocale émise : le travail avec les micros fait en effet partie intégrante du Human Beatbox (surtout pour les solistes) et sans cela, il est très difficile d’avoir un rendu intéressant de la partition sur scène. C’est un point très important dans la retransmission en public de cette partition, il ne faut pas le négliger.

Le jour J, les enfants ont eu la belle surprise d’avoir un moment d’échange avec les artistes de PIRA et tout particulièrement avec Tiko, ces derniers partageant le plateau avec les écoliers. Ce moment fut très riche et fort en émotion pour les enfants qui étaient impressionnés d’être filmés et applaudis par les artistes. Je suis pour ma part très fière d’avoir pu faire découvrir le Beatbox et plus largement le Hip Hop aux familles présentes le soir du concert (autrement que par les mauvais clichés associés souvent à ce courant artistique). Les retours des enfants, familles, élus et personnes en lien de près ou de loin avec ce projet ont été vraiment très marquants.

A la suite de ce très beau concert, j’ai pu prendre encore le temps de travailler avec les enfants pendant quelques séances afin tout d’abord de débriefer du spectacle, d’en visionner le film, puis d’organiser un Battle de Human Beatbox inter classes.

Afin de préparer ce Battle nous avons créé des épreuves éliminatoires (en réalité, personne ne pouvait être éliminé), en réutilisant une «routine» de Human Beatbox que Tiko nous avait transmise. J’ai également fait travailler les enfants autour du looper et expliqué les différentes règles de notation du jury (la technique, la musicalité, l’originalité, la qualité, précision des sons et la présence scénique) ainsi que les différents rôles en jeu dans ce type d’événement.

Tous les enfants ont pu s’impliquer en fonction de leurs envies : jurys, ingénieurs du son, maîtres de cérémonie, concurrents en solo, en équipe ou au looper ! Et bien sûr, le tout s’est déroulé devant les autres classes, ponctué d’intermèdes musicaux ou dansés concoctés par les enfants en autonomie. C’était une très belle manière de clôturer le travail de l’année et une fois de plus, il était impressionnant de constater la progression de certains enfants ayant passé toutes les récréations à répéter leur Beatbox !

3. Témoignages des professeurs des écoles :

Deux classes, une de CM1 (25élèves) et une de CM2 (22 élèves) ont mené ce projet de front, voici le témoignage de leurs deux supers maîtresses !

« Nous trouvions ce projet très ambitieux au début de l’année. En effet, les élèves n’avaient jamais fait de Beatbox auparavant et leur prestation vocale ne nous paraissait pas à la hauteur de la pièce à mettre en place. Tous les ateliers, que Marion a proposés aux élèves, les ont grandement motivés et on a assisté à des progrès rapides et étonnants.
Le projet rassemblant de nombreux enfants de deux classes a mis en confiance les enfants les plus timides et a révélé des talents méconnus.

L’ensemble de la pièce a énormément plu aux enfants ainsi qu’à leurs familles et a été très enrichissant pour nous, enseignantes. Cela a permis également de démocratiser le Beatbox peu connu par ce public. Nous n’en tirons que des points positifs ! A conseiller à tous, même aux plus réticents !»

Amandine Pinel et Hélène Trocherie, enseignantes de CM1, CM2

4. Suite au projet :

Attention si vous goûtez au Human Beatbox vous allez juste avoir envie… de continuer cette pratique ! Pour ma part j’ai pu faire un stage de pratique organisé par le CFMI de Lyon (animé par Élie Carton de Grammont et Nicolas Giemza, alias Tiko) et assister à des ateliers menés par L.O.S. (premier champion de France de Human Beatbox). J’ai également fait la démarche d’assister au dernier concert (avant départ d’un des musiciens) d’Under Kontrol et aux championnats de France de Human Beatbox et vraiment… si cette pratique vous intéresse allez-y ! La différence entre les meilleures vidéos que vous pourrez voir sur internet et le live est vraiment très impressionnante !

En parallèle vous pouvez creuser dans toutes les disciplines de la culture Hip Hop, écriture/rap/slam, dj, graff et danse, et également travailler autour d’instruments électroniques comme le looper, à utiliser dans le cadre pédagogique ou personnel. L’état d’esprit de cette branche artistique provient d’une histoire très intéressante et véhicule de belles valeurs, pour ma part je suis conquise !

Alors c’est parti… Si mon retour d’expérience vous a donné l’eau à la bouche, plongez… 3, 2, 1, BEATBOX !

PTTPKFTPTTPKFTPPTTPKFTPPKTPKFTPPSH !


Marion HENRY-COSTEL,
Musicienne intervenante EEA de «La 4c», Maurienne, Savoie

Marion-henry@orange.fr

 

WEBOGRAPHIE

Juillet 2017 Webographie : écoutes réalisées en classe pour le Human Beatbox.

J’ai abordé les écoutes autour de plusieurs thématiques, voici quelques liens, mais j’insiste vraiment sur le fait que le Human Beatbox évolue tellement rapidement que tous ces liens ne seront plus «neufs» dans peu de temps !

Les Battles et championnats de Human Beatbox, les différentes disciplines et catégories :

Un exemple de Battle homme : KIM vs ALEM finale 2013

Finale femme des championnats de France 2015 TRESSYM vs LEXIE T

Finale homme des championnats de France 2015 BMG vs ALEXINHO

Finale équipe des championnats de France 2015 BERYWAM vs TEAM PUNK

Finale d’UNDER KONTROL aux championnats du monde en 2009

Finale looper Grand Beatbox Battle 2016 THORSEN vs TIONEB


Quelques beat boxeurs
:

CREUMS (12 ans…)

TECHNIX (12 ans…)

ALEXINHO (champion de France 2015)

MAD TWINZ

BEAT RHINO (démonstration de speed)

KAILA MULLADY (championne du monde femme 2015)

Démonstration de looper MB14


Beatbox mélangé à une autre discipline :

BELLATRIX Beatbox et contrebasse

ALEM Beatbox et guitare, beatbox et piano, beatbox et Hang Drum…

Beatbox vs ballet classique


Les groupes de Tiko
:

Album d’UNDER KONTROL

UNDER KONTROL, Beatbox en voiture, «Let us drive ! »

UNDER KONTROL, «Bonheur intérieur brut»

Pira.Ts, «Bow»

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